jeudi 18 juin 2009

L'idée d'une interdiction du voile intégral progresse en France

L'idée d'une interdiction en France des différentes formes de voile musulman couvrant le corps et le visage a été défendue jeudi par un membre du gouvernement, la secrétaire d'Etat à la Ville Fadela Amara.

Son intervention va plus loin que l'initiative d'une soixantaine de députés qui demandent la création d'une commission d'enquête parlementaire sur ce qu'ils perçoivent comme le développement du port de ce type de vêtement, vu comme une "atteinte aux libertés fondamentales" des femmes.

Le débat relance la question du port du voile en France, pays laïc qui ne reconnaît et ne subventionne aucun culte mais abrite la plus importante communauté de personnes de confession, de culture ou d'origine musulmane en Europe.

Vous savez ce que je pense du voile, mais alors la burqa c'est encore pire. Ce n'est que l'expression visible et physique des fondamentalistes. Moi, je suis pour l'interdiction", a dit sur France Inter Fadela Amara, ancienne présidente d'une association militant pour l'émancipation des femmes.

Le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, a abondé dans le même sens, sans prôner explicitement l'interdiction de ce type de vêtement. "Il est hors de question qu'on voie en France des femmes couvertes de la tête aux pieds, en tout cas la République n'a pas à l'encourager (...) la burqa est une oppression", a-t-il dit sur I-télé.

En bémol, le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a déclaré qu'à titre personnel il s'opposait à l'interdiction en raison du principe de liberté de conscience. "Toucher à cet équilibre me paraît risqué", a-t-il dit sur France Info.

AMBIGUÏTÉ

Les députés impliqués dans l'initiative parlent de burqa, forme particulière de vêtement intégral grillagé au niveau des yeux provenant de l'Afghanistan, et de niqab, une version répandue dans les pays du Golfe laissant les yeux apparents.

Dans l'exposé des motifs de la proposition de résolution demandant une commission d'enquête, qui est désormais soutenue par 63 députés - 48 UMP, sept socialistes, trois communistes, deux Nouveau Centre et trois non inscrits -, André Gerin, député-maire PC de Vénissieux, dans le Rhône, y fait référence.

"Nous sommes aujourd'hui confrontés, dans les quartiers de nos villes, au port par certaines femmes musulmanes de la burqa, voilant et enfermant intégralement le corps et la tête dans de véritables prisons ambulantes ou du niqab qui ne laisse apparaître que les yeux", peut-on y lire.
Le texte n'évoque pas les autres formes de voile couvrant le corps et la tête mais laissant le visage apparent.

Depuis 2004, la France interdit le port à l'école de "signes religieux ostensibles", le voile musulman, la kippa juive, le crucifix ou encore le turban sikh.

L'esprit de cette disposition approuvée à droite comme à gauche était de faire respecter à l'école républicaine le principe de laïcité et d'empêcher le prosélytisme.

Cette loi a été critiquée au niveau européen et dans le monde musulman. Une interdiction extra-scolaire limitée au voile musulman risquerait de se heurter à plusieurs principes fondamentaux, comme la liberté de conscience et de religion.

Des tentatives de certaines entreprises privées d'interdire le port du voile à des employées n'étant pas en contact avec le public ont été déclarées illégales par les tribunaux.

Tout en déplorant le développement en France d'habitudes vestimentaires qui ne relèvent pas selon lui de l'islam, Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, a estimé mercredi qu'une interdiction contreviendrait à la liberté individuelle.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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