mercredi 29 avril 2009

Le Panchen-lama serait mort: reste celui choisi par les autorités chinoises

Le plus jeune prisonnier politique du monde serait mort. Désigné "vice-Dalaï Lama" en 1995, emprisonné 2 jours après, le jeune homme serait mort en prison il y a quelques semaines. Une révélation surprenante dans un pays où la culture du secret est omniprésente. Surtout par un journaliste japonais, dont le rôle dans l'histoire est encore flou...

Gedhun Choekyi Nyima, 11ème Panchen-lama

Le Panchen-lama est le 2ème plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétain, juste après le Dalaï-lama. Son nom est un composé de "grand érudit" (panchen) et "maître spirituel" (lama).

Le 11ème Panchen-lama Gendhun Choekyi Nyima est né le 25 avril 1989 à Nagchu. Fils de nomades tibétains,il a été enlevé avec ses parents le 17 mai 1995, soit 3 jours après sa désignation par le Dalaï-lama actuel. On ne l'a jamais revu depuis. Les autorités chinoises ont confirmé au fil des années être l'auteur de l'enlèvement, officiellement pour "protéger" l'enfant.

“Le Panchen-lama choisi par les émissaires du Dalaï-lama est mort. Celui indiqué par la Chine est (donc) aujourd’hui l’unique Panchen-lama“. Pourquoi ce journaliste, Yoichi Shimatsu, ancien directeur du Japan Times Wekly, a-t-il vendu la mèche lors d’une table ronde organisée par l’école de journalisme et communication de l’université Quinghua de Pékin?

La conférence a eu lieu en présence de savants chinois, occidentaux, et deux correspondants de journaux étrangers dont le Corriere della Sera . Le journaliste italien souligne que “le débat autour de ce thème crucial fut long et empreint d’une liberté d’expression jusque-là impensable“. Ou fut simplement une exception à la règle pour annoncer la mort officielle d’un ennemi et partie d’une nouvelle phase offensive dans la stratégie anti-tibétaine.

“Il est mort depuis longtemps. De maladie, cancer ou leucémie” dit Shimatsu. “La nouvelle a été tenue secrète par les Tibétains et les Chinois pour le même motif: ne pas perdre la face. la Chine pour ne pas révéler qu’était mort dans ses bras un enfant dont elle avait la garde, et le Dalaï-lama et les siens pour ne pas perdre leur “élu” et ne pas devoir admettre que le leader bouddhiste avait failli dans son choix en indiquant un enfant malade (…) Ma source est sûre, de nature diplomatique en provenance d’un pays occidental non-européen et de gauche qui envoya des médecins pour tenter de sauver l’enfant. C’est la vérité“. Selon le journaliste italien, le pays en question pourrait être Cuba ou le Vénézuela.

Les propos de Shimatzu restent saisissants. Vient évidemment le doute qu’il ait été été “autorisé” à en parler, et le contenu de ses propos approuvé ou suggéré. Parler de la Chine qui se préoccupe de la santé du “Panchen-lama détesté” semble une énormité. Aussi l’usage des termes “Dalaï-lama et les siens” fait tiquer. Le “et” est très chinois: “le Dalaï-lama et sa clique” dit-on là-bas généralement, sous-entendu “de criminels délinquants”.

En 1996, le cas de Gedhun Choekyi Nyima, 11ème Panchen-lama, avait été examiné par le Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU et les autorités chinoises avaient admis pour la première fois avoir “pris l’enfant pour sa sécurité” quand la question du Panchen-Lama fut abordée”.

Chandrel Rinpoché, qui “trouva” le 11ème Panchen-lama non-reconnu par Pékin, avait été chargé de cette mission. Croyant l’abbé acquis à sa cause, le parti communiste chinois le nomma “chef de la commission officielle chinoise responsable de la recherche de la réincarnation du dernier Panchen Lama”. Il a été arrêté le 18 mai 1995, soit un jour après le Panchen-lama, inculpé de collaboration avec le Dalaï-lama, condamné à 6 ans, mis au secret, encore aujourd’hui à 67 ans en résidence surveillé.

Panchen-lama: une espérance de vie toujours plus réduite. Hu Jintao, actuel président qui fut “responsable de la répression politique sévère au Tibet” en 1989 est lui-même soupçonné d’avoir fait empoisonné Choekyi Gyaltsen, le Panchen-lama précédent,mort d’une crise cardiaque à 50 ans après une vie de persécution de la part des autorités chinoises.

L’important aujourd’hui semble être de faire savoir que “le Panchen-lama contesté par Pékin est mort”: il n’existe plus et n’en reste qu’un. Il s’appelle Gyancain Norb et est né le 12 février 1990. Ce 11ème Panchen-lama là a été choisi et reconnu officiellement le 29 novembre 1995 par les autorités chinoises. Sur quel critère? À priori la parenté avec “un membre du Parti communiste chinois qui était président du Comité permanent de l’Assemblée populaire de la Région autonome du Tibet à l’époque de la désignation de l’enfant“. Ses déclarations officielles sont parfaitement alignées sur celles de Pékin: “Les faits démontrent que seulement grâce à (la République Populaire de Chine) le Tibet a pu acquérir sa prospérité actuelle et rêver d’un futur encore meilleur“. Un autre otage, de fait.

Donc, fin du contentieux et de toute polémique, côté chinois.
Si cette nouvelle était confirmée, le Dalaï-lama et ses émissaires devraient partir à la recherche d’un nouveau Panchen-lama: un nouveau défi qui serait vraisemblablement “intolérable” aux yeux des autorités chinoises. À comprendre maintenant si le but de tout cela n’est donc pas tout simplement de créer de nouveaux précédents justifiant une intensification de la répression envers les tibétains.

Gendhun Choeki Nyima aurait pu avoir 20 ans dans quelques jours.

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