samedi 18 avril 2009

Barack Obama n'a pas choisi son église

De notre correspondante à Washington, Laure Mandeville

Barack et Michelle Obama, dimanche, à la sortie de l'église épiscopalienne St John où ils ont assisté à leur première messe publique depuis l'investiture. Crédits photo : AP

S'il a assisté dimanche à la messe de l'église épiscopalienne St John, le nouveau président américain, échaudé par le brouillage du révérend Wright durant sa campagne, n'a pas encore décidé quelle communauté religieuse aurait sa préférence à l'avenir. Ses émissaires prospectent et l'Amérique se passionne.
Comment ne pas être fasciné, quand on vient de l'Europe laïque et largement déchristianisée, par la curiosité avec laquelle la presse et l'ensemble de la nation américaine attendaient dimanche de voir quelle église le président des États-Unis choisirait d'honorer de sa présence pour les fêtes de Pâques ? La réponse est venue à 11 heures du matin, quand Barack Obama, sa femme et ses deux filles ont franchi le seuil de l'église épiscopalienne St John, à proximité de la Maison-Blanche, pour leur première messe publique depuis l'investiture. Les paroissiens se sont soumis de bonne grâce aux contrôles et fouilles de rigueur sous l'œil attentif des hommes du Secret Service.
Mais ce choix d'un jour n'a pas permis de lever le suspense, pour les dizaines de communautés religieuses de Washington DC qui rêvent d'accueillir de manière permanente la famille présidentielle en leur sein. Barack Obama, qui revendique haut et fort l'héritage musulman de son père kényan, mais qui s'est fait baptiser à l'âge adulte dans la religion chrétienne, choisira-t-il une église noire ou une communauté plus mélangée ? Quand il était à Chicago, il a régulièrement fréquenté l'église de Trinity Church, une paroisse du South Side animée par le très controversé révérend Wright. Les prêches enflammés et radicaux de ce pasteur noir sur la question raciale avaient failli coûter son élection au jeune sénateur métis qui a choisi de se désolidariser du prêtre, malgré des liens intimes et anciens. Chat échaudé craignant l'eau froide, le nouveau président a décidé, une fois élu, de prendre son temps pour se fixer sur une nouvelle église.
Son penchant pour les messes joyeuses et vibrantes des communautés noires américaines est connu, de même que son attention à l'action sociale des paroisses. Ses émissaires ont parcouru en long et en large le district, interrogeant paroissiens et pasteurs. Les responsables religieux ont même envoyé des lettres et mails au président pour lui exposer en détail l'engagement spirituel de leurs églises. «C'est très compétitif», a expliqué au New York Times Michael Brown, un membre du conseil municipal de DC, qui lui a recommandé l'église baptiste de la 19e Rue, qu'il fréquente. Cette communauté, majoritairement noire, est l'une des paroisses présélectionnées par la Maison-Blanche.

Rapport à la foi plus large

La Constitution américaine reconnaît la séparation de l'Église et de l'État. Mais le dieu des chrétiens, si présent dans les cœurs des pères fondateurs de la démocratie made in US, continue d'imprégner et d'influencer le monde politique. Lors de son investiture, comme ses prédécesseurs, Barack Obama a prêté serment sur la Bible, choisissant même l'exemplaire de son lointain prédécesseur Abraham Lincoln.
Ses discours se terminent immanquablement par «Dieu protège l'Amérique» et on y trouve d'innombrables références aux valeurs chrétiennes. La même foi fervente s'exprime au Congrès, où parlementaires et sénateurs prêtent eux aussi serment sur la Bible. Presque tous se revendiquent «chrétiens». Un sénateur américain de Californie qui avait osé se présenter comme «agnostique» a été soumis à un feu nourri de critiques il y a quelques années.
Les observateurs américains soulignent toutefois que le rapport à la foi de Barack Obama se voudra plus large et plus œcuménique que celui d'un George W. Bush par exemple. Dès son arrivée à la Maison-Blanche, il a fait savoir son hostilité aux polémiques qui déchirent la communauté chrétienne américaine, très polarisée entre une aile ultraconservatrice qui ne reconnaît pas les théories de l'évolution et une frange libérale qui défend l'homosexualité des prêtres.
Dans son récent voyage en Turquie, Obama a aussi souligné que l'Amérique, «nation de citoyens», était certes un «pays majoritairement chrétien» mais aussi une nation riche de nombreuses autres religions. Le fait qu'il ait organisé vendredi un dîner privé à la Maison-Blanche à l'occasion de la Pâque juive n'est pas un hasard, ont souligné les médias. Dans son discours d'investiture, Obama avait aussi évoqué la place des athées dans la société américaine, une première.
Sans doute sa volonté de rassemblement de la nation explique-t-elle cette approche. Mais peut-être le président américain saisit-il aussi inconsciemment l'air du temps. Cette semaine, l'hebdomadaire Newsweek a carrément annoncé à la une «le déclin et la chute de l'Amérique chrétienne».
Il souligne que le nombre de personnes s'identifiant comme chrétiennes a diminué de 10 % en 20 ans, notamment en Nouvelle-Angleterre, jadis bastion de la foi américaine. «Être moins chrétien» ne signifie toutefois pas être postchrétien, tempère le journal, qui considère qu'avec l'afflux d'immigrants hispaniques, la nation reste «très religieuse». «Beaucoup plus que l'Europe.»


Source: lefigaro.fr

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