samedi 16 janvier 2010

"Le voile intégral, un symbole de l'oppression des femmes"

LEXPRESS.fr

M. Nikoubazl/Reuters

Dernière représentation* ce samedi soir, à Paris, de la pièce de Rayhana, dramaturge d'origine algérienne agressée mardi par des hommes qui ont tenté de l'immoler. Révoltées, deux militantes féministes racontent leur propre combat contre l'intégrisme religieux.


Signe du temps. Asma, militante féministe d'origine algérienne, a toujours combattu l'intégrisme musulman. Mais depuis l'agression, mardi dernier, de la dramaturge algérienne Rayhana, elle ne ne sent plus en sécurité en France. Elle ne donnera pas son nom de famille. «Je connais bien Rayhana et son agression m'a profondément choquée, confie cette adhérente de Ni Putes Ni Soumises. Avant, je m'exprimais ouvertement dans les médias. Aujourd'hui, je me sens en danger. Mais je veux toujours témoigner pour continuer le combat.»

P.Verdy/AFP

                                        L'auteure et comédienne Rayhana, le 14 janvier dernier.

Rayhana a été aspergée de white spirit mardi soir alors qu'elle se rendait à la Maison des Métallos, à Paris, où se joue, jusqu'à ce soir, A mon âge, je me cache encore pour fumer. Une pièce qu'elle a écrite, dans laquelle neuf femmes se racontent leur quotidien dans société algérienne étouffée par l'obscurantisme religieux. Ce texte engagé a-t-il un lien avec l'agression violente dont a été victime la comédienne à l'entrée du théâtre? Les enquêteurs chargés de l'affaire en ont «de fortes suspicions».


"Un certain relativisme culturel en France"Autre militante de la cause féminine, Wassyla Tamzali est née en Algérie et a vu la pièce de Rayhana. «Une pièce courageuse, dit-elle, qui s'attaque au tabou de la sexualité des femmes.» Née en 1941, l'auteur d' Une femme en colère–Lettre d'Alger aux Européens désabusés (Gallimard) a été directrice des droits des femmes à l'Unesco. « Toute une communauté d'intellectuels algériens, réfugiés à Paris dans les années 1990, résiste à l'obscurantisme en ouvrant ici des théâtres, des cafés. Ils se sentent touchés aujourd'hui par l'agression de Rayhana. Moi même, je ne me sens pas en sécurité »

«Je suis aussi allée voir cette pièce et cela m'a rappelé beaucoup de souvenirs douloureux», confirme Asma, la jeune militante. Comme Rayhana, elle a grandi sur l'autre rive de la Méditerranée et vécu la montée progressive de l'intégrisme musulman, dans les années 80.

«Tout s'est passé crescendo, raconte-t-elle. Avant, les écoles étaient mixtes. Puis les barbus ont voulu séparer garçons et filles, imposer une tenue stricte. Ensuite, il y a eu le foulard: celles qui refusaient de le porter payaient de leur vie.» «Le voile intégral est un symbole de l'oppression des femmes et ne doit pas être autorisé sur la place publique», commente Wassyla Tamzali. Asma, elle, juge même le gouvernement trop laxiste à ce sujet: «Il y a, en France, un certain relativisme culturel qui fait qu'il est difficile de faire admettre les dangers de l'intégrisme.»

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